J'écoute : mais je ne dis rien
Je regarde : et baisse les yeux
Je lis : du début à la fin
Je joue : pour oublier un peu
Je mange : parce qu'il faut bien
Je bois : et je ne vais pas mieux
Je cite : des maux mais en vain
Je pense : à rajouter du bleu...
Je rêve : je rêve, et demain ?
(mis à jour dimanche 10 août 2008 à 11:44)

22/09/2008

22/09/08 - 22:22

Miroir, miroir...


D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours levé les yeux vers la Lune, j’ai toujours voulu écorcher mes doigts aux épines du moment que j’avais la rose, j’oubliais toujours de respirer du moment que je voyais, d’en dessous, la surface. Je me suis toujours regardé comme un étranger et j’ai toujours parlé à mon reflet, imaginant qu’il me détestait, qu’il m’enviait mon soleil et la chaleur de mon monde. J’ai toujours pensé que les objets me surveillaient et qu’une fois le dos tournés ils s’empressaient de vivre. J’ai toujours su que Maman était dans ma tête, et qu’elle lisait en secret…

Pourquoi ai-je besoin d’un regard positif pour exister ? Qu’est-ce qui me demande, en moi, d’avoir « bonne conscience » ? Comme ces deux questions sont étranges, complémentaires et perturbantes à la fois. Il y a de ces blessures qui ne se refermeront jamais, de ces actes que l’ont ne sait plus très bien si on les a rêvés ou s’ils ont réellement eu lieue. Il y a les souvenirs que l’on se fabrique et ceux que l’on fait semblant d’oublier. Il y a le cheminement vers la vie, la route vers la mort… Je crois que lorsque j’étais enfant, j’ai cultivé une double personnalité. Le petit garçon heureux et sage qui souriait et jouait devant ses dessins animés, et cet autre, cet autre qui s’identifiait au tableau triste qu’il y avait chez ma tante Anne. Comme il était triste ce petit garçon sur la toile qui pleurait, comme elles étaient bleues ses couleurs, comme ses yeux étaient rouges, et moi, moi comme je le comprenais… J’ai du grandir trop vite, et j’ai du subir la cruauté des adultes qui ne savent pas que les enfants ne sont que des enfants. J’ai d’horribles souvenirs que je tais, que je n’ai jamais vraiment avoués, des choses qui font que j’ai du être fort, grand et sage, des choses trop lourdes que je devais oublier quelque fois mais qui pourtant revenaient trop souvent. A cette époque, Papa allait mal, Maman aussi… Je n’avais pas le droit d’aller bien, et pourtant il ne fallait pas que j’aille mal… Je ne sais pas trop en fait… Avec le temps, les années et tout ce que l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte apporte, je me suis créé tel que je suis, aussi frêle et solide que le jonc qui plie sans se casser… J’ai besoin de cet amour que j’ai ignoré, besoin de ce regard besoin de ça… parce que… je ne sais pas… Si je savais, je ne serais pas en train d’écrire….
Pourquoi me donner bonne conscience ? Parce qu’il est facile de faire mal à un enfant, parce que les petits secrets sont les plus grandes fautes, parce que l’on se sent coupable, parce que l’on a beau se laver les mains, le sang ça tache ! Parce que l’on a rien dit, parce que l’on a accepté, parce qu’on ne savait pas, parce que c’est pas ma faute, et on sait bien que lorsqu’on dit ça, Maman sait que c’est bien nous… Je ne dois pas me plaindre, je suis un beau jeune homme en bonne santé, un peu perturbé sans doute, un peu complexé, je n’ai rien fait de mal, je n’ai pas de sans sur les doigts, d’autres en auront eus plus que moi, mais pourtant, je ne sais comment défaire mon âme de ma culpabilité… Encore une fois, si je savais, je ne serais pas en train d’écrire… Les choses ne se passent jamais comme nous le prévoyons, et c’est bien pour cela que l’avenir me fait aussi peur que le passé, c’est bien pour cela que j’évite les projets, que je garde de l’argent et que je murmure souvent « je le savais… » Sans jamais avoir su vraiment. Je doute de moi, de mes qualités, de mon potentiel et de tout ce que je suis et apporte aux autres. Je connais les causes, je comprends ça, mais comprendre ne guérit pas… J’ai conscience que j’exagère et que je suis un lunatique égocentrique qui se veut martyr, que je baigne dans le théâtral, que j’en fais toujours trop que se soit en sourire ou non… Je sais qu’un jour je devrais recommencer à pleurer, que ça aussi ce n’est pas normal, que mes cauchemars cesseront un jour…
Je sais qu’un jour je devrais répondre franchement à ces questions, mais en attendant, je ne veux pas… Disons… que les roses ont des épines, et que les abeilles sont aussi voraces que les paillons sont éphémères

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours baissé les yeux face aux hommes, j’ai toujours fixé le Christ dans les églises en blasphémant intérieurement, voir s’il était miséricordieux, je rêvais souvent que j’étouffais, j’aimais être quelqu’un d’autre que moi-même… Maman me regardait avec les yeux pleins d’amour, je le sais bien aujourd’hui… mais à force de jouer, on finit par ne plus savoir, plus savoir qui on est pour de vrai… D’aussi loin que je me souvienne, j’étais conscient, les mains sur mon berceau ou dans ses bras, j’étais conscient… je le suis peut être moins maintenant…

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