Miroir, miroir...
Mon cœur est un vaisseau, la vie un océan. Et je file tout droit, toutes voiles dehors, poussé par le vent. L’inconnu n’est qu’un prétexte au voyage, au loin je sais bien ce qui m’attends. Loin des écueils blessant, loin des tempêtes et des ouragans, au-delà de tout ce que l’on peut attendre, bien après l’océan où vivent les monstres de légendes, mon but m’attend sans douter qu’au grand jamais je vienne à le manquer. Mon cœur est un vaisseau, la vie un océan, et je file à l’aventure, tout en sachant pourtant…
Que le monde est vide de tout et plein de rien, que l’avenir est tout aussi tracé que le sont les lignes de ma main, qu’échappatoire n’est qu’un mot qui aime se perdre au zéphyr. Les mots comme les idées n’ont pas beaucoup de poids au milieu de la mer, alors ne plus y croire, et finir par les taire… De solutions il ne reste que ça : Couler à pic, ou flotter ? Après tout qu’importe en vérité… A la fin ils finiront bien par nous mâcher ces immondes requins aux gueules sertis d’ivoire incisif. Se contenter de survivre en ne disant mot, parce qu’encore une fois, les mots ne servent à rien quand on en a pas les moyens. Filer droit devant vers le soleil qui se noie dans son sang… Pauvre soleil, toujours pourchassé, toujours se noyer… C’est sans doute cela son message. Pas de mots dans une bouteille, pas de bouteille à la mer, juste sa vie en grand pour tous les yeux, pour que chacun puisse y comprendre ce qu’il veut…
Je brille, je suis haut et je suis fort… mais je décrois et je me noie et l’eau s’empourpre et je me meurs… Mais ne perds pas espoir, car demain j’illuminerais à nouveau le noir… C’est ainsi que va le monde, il s’éteint puis se rallume…
J’ai beau sourire à l’équipage, j’ai beau sortir mes plus belles voiles et faire bonne figure, il y a cette couleur sur ma peau qui rappelle la maladie. Mon passé me rattrape ces derniers temps et j’aurais aimé me reposer sur lui. D’autres l’ont fait avant moi, d’autres le feront bien après moi, alors pourquoi je me l’interdit ? Peut être pour sembler plus fort, pour avoir une excuse au dernier moment, pour y arriver par moi-même… ou par peur d’être rejeter… J’aurais aimé lui dire tellement de choses, j’aurais aimé le faire pleurer encore et sourire aussi. Mais je vais me contenter de m’enfermer dans ma bulle, sur mon océan où je sais bien ce qui se cache droit devant… Je me sens tellement comme le monde, pleins de tout un tas de choses, pleins de trésors et pourtant vide et creux, amère et prêt à me torturer. Je suis bien un homme, je le sais maintenant…
Je brille, je suis haut et je suis fort… mais je déçois et me nuit et l’on s’empourpre et je me meurs… Mais je ne perds pas espoir, car demain j’illuminerais à nouveau le noir… C’est ainsi que va le monde, il s’éteint puis se rallume…
Penser à écrire, à lire et à cesser de manger. Penser à faire du sport à dessiner et à réfléchir aux projets… L’océan est pleins de bateaux, mais se dire que les plus beaux ne sont pas ce qui resteront le plus longtemps sur l’eau… Après tout on a beau avoir les meilleurs matériaux, l’équipage le plus courageux et des voyageurs importants, il suffit d’un trou dans la coque ou d’un iceberg droit devant… Penser à sourire malgré tout parce que même si je ne sais plus mentir, même si je ne veux plus mentir, sourire n’est que penser à demain et à ce qu’il me réserve… je sais que tu ne veux pas lire ça, mais quand nous nous reverrons, tu en aimeras un autre que moi, et j’aurais sans doute pour me bercer d’autres bras… alors sourire en pensant à ça, pour éviter d’abreuver l’océan en pensant à toi…
Mon cœur est un vaisseau, la vie un océan, et je file à l’aventure, tout en sachant pourtant… qu’au loin, au-delà de tout ce que l’on veut bien, il y a une étendue sans vague et sans âme. On y est serein, calme et en paix, on s’y sent bien, assagis et reposés… Et dans le silence de nos yeux clos, dans les ténèbres de la sérénité, lever la tête pour apprécier son chant. Car elle chante celle qui nous aura conduits jusqu’ici sans jamais douter que l’on vienne à la manquer. Douce et fragile tendre et sereine, pleine de grâce, l’ultime sirène… Embrasse-moi… car c’est ça toute ma vie, embrasse moi toi que je poursuis encore, toi que tout homme chasse, embrasse moi, la….