Miroir, miroir...
Ouvrir les yeux. Pas seulement pour s’enfuir des rêves, pas seulement pour rejoindre la réalité et vivre enfin… Ouvrir les yeux pour comprendre, pour voir, pour se rendre compte et se réveiller, souffrir, aimer, entrevoir au loin les lumières qui déjà s’éteignent. Penser à ses rêves, à son passé de rêve aussi brumeux et sombre que le sont les cauchemars… Le passé comme mon enfance, comme un rêve, un rêve mauvais, un rêve doux et chaud auquel il fait froid y repenser… Ouvrir les yeux parce qu’on ne peut dormir éternellement qu’au moment où l’on décide de nous endormir pour de bon… Ouvrir les yeux tant qu’on le peut encore, et faire face…
Mettre du bleu sur mes pieds, du bleu sur mes fesses, du bleu sur mon torse avec écrit « Seven » c’est beau comme mot, ça sonne comme paradis, ça m’apaise, ça me rends beau, ça me fait rêver… Il m’en faut peu sans doute… Mettre pantalon militaire, comme pour se cacher, comme pour faire le ciel et la forêt, tout ce qui est nécessaire, le bleu et le vert… Ecouter la sonate comme je l’aime, en plein jour, en plein silence, seul avec mes ombres, seul avec mes souvenirs, seuls avec mes putains de rêves. Repenser à ce fantôme qui ne représente plus rien, entendre ses mots acides bruler ma vie, penser à celui là à l’autre bout du monde… Comme il me manque, comme je commence à comprendre son absence, comme les choses me semblent lus vides et creuses. Casser la vie, lors en racheter une… pas avoir l’argent, pas savoir où, pas avoir l’envie…
Ce matin j’ai pris ma douche, je me suis lavé et j’ai regardé mon visage dans le miroir. Cela peut paraitre stupide, c’est peut être la crise de la trentaine, ou lors une intuition ou un reste de rêve collé à mes yeux mais… Je n’ai pas vu mon reflet… ou du moins, pas celui que j’aurais du voir. Le visage creusé, la peau pâle et sèche, tendue, séchée sur le squelette aux orbites écarquillé et noirs. Le spectre d’un avenir certain. Ce matin je me suis regardé dans le miroir et j’ai vu mon propre cadavre. J’ai eu beau frotter mes yeux et nettoyer mes lunettes, rien à faire, mon crane décharné me fixait sans baisser les puits noirs et profonds de ses yeux. Je n’ai jamais eu peur de la mort et pourtant ce matin, j’ai eu peur… Peut être n’est-ce rien, peut-être est-ce tout… Je ne voudrais pas disparaitre sans que ce détail ne soit mentionné quelque part… Alors je le confesse ici même… qui sait, se soir, demain, dans une semaine ou un mois je mourais peut être, alors on saura que je l’aurai su…
J’aurais aimé parlé d’autres démons qui me rongent, j’aurais aimé ne pas avoir à garder certaines choses pour moi, mais je sais aussi que des yeux qui m’auront aimé pourront lire ces lignes et je ne veux pas qu’il lise. Nous ne sommes pas prêts à ça…
La vie passe avec ses nuages, ses averses et ces éclaircies. Les gens passent avec leurs sourires, leurs mains tendues, leurs ongles et leurs venins. Et moi je reste sans bouger immobile à attendre de bien vouloir me réveiller. De temps en temps j’ouvre les yeux et j’écoute ce qui se passe autour de moi, de temps en temps j’ai l’affront de penser que je suis mieux que vous, que j’ai perdu mon temps ici et là, que personne ne comprendrai jamais, que je vais finir par mourir. De temps en temps je me dis que la vie est belle, que l’euro est cher et que j’aimerai tant retourner encore et encore au Japon. Tant de choses font que je suis moi, tant de tendresse et de passion dans mon cœur, et ses mots qui me reviennent alors « je crois en toi »… Ne pas oublier d’y penser quand j’ouvre les yeux, ne pas oublier d’y penser quand je les referme, ne jamais oublier ces mots, ces mots que l’on pense en pensant à moi… parce qu’il y a des cœurs qui m’aiment vraiment, parce qu’il y a des âmes qui croient en moi, parce que je refuse de croire que ma vision au miroir était prémonitoire…
Ouvrir les yeux en sachant qu’il faudra les refermer un jour. Vivre en sachant que le but ultime est de mourir, se regarder les yeux grands ouverts dans le miroir en voyant le reflet de sa propre décadence… Je voudrais vivre les yeux clos, d’ailleurs, je crois que c’est ce que je fais… je voudrais aussi me réveiller, mais la vie est si abrupte… je sais que mon visage sourit, mais si vous saviez tout ce que je souffre d’être moi, d’avoir cette vie terne et cette personnalité si… enfin, ouvrir les yeux parce que tu me manques, parce que je me manque, parce que dormir ça repose, mais c’est aussi un peu mourir, alors ouvrir les yeux et vivre… vivre…. Miroir, mon beau miroir dis moi…. Dis-moi….
13/09/08 - 16:44
C'est superbe
crayencour