Miroir, miroir...
Lorsque l’on s’apprête à quitter une personne que l’on aime, le cœur saigne et la voix tremble autant que les mains. Le voir, lui parler, lui écrire et le seul fait de penser à lui vous plonge dans un abîme où la lumière à du mal à vous atteindre. Rien n’est plus comme avant, et quand bien même les choses se passent bien, on ne peut ignorer cette douleur qui pointe ses doigts maigres et acérés. On ne peut faire comme si on ne sentait pas la pression de ses ongles déchirer les chairs pour creuser l’intérieur devenu aussi vide qu’une tombe qu’il faudra remplir de nos restes. Ce qui me blesse, ce que je ne comprends pas, c’est cette faculté extraordinaire qu’il a de m’envoyer des mails tout à fait normaux. A peine un remords, à peine de la peine, juste des mots, presque froids, pour expliquer telle ou telle chose, pour me raconter tel ou tel fait, mais rien, rien pour me dire qu’il fait mal dedans, qu’il fait froid et qu’il se meurt ce qu’il reste de joie. Comme l’impression que tout meurt avant même que nous nous soyons revus une dernière fois. Il me dit qu’il m’aime, qu’il s’arrache le cœur, je le crois, mais il ne m’a tellement pas habitué à garder autant sa douleur… C’est peut être une bonne punition pour avoir fait mon égoïste par le passé… Comme elles m’angoissent ces vacances avec lui, comme je ne sais pas quelle sera ma réaction. Comme il a pris tellement de place dans ma vie malgré son absence !
Personne à qui en parler, pas envie d’en parler de toute façon. En parler pour dire quoi ? Rien que je ne sache déjà. Pas envie de le voir sur msn, pas envie de savoir qu’il vit ailleurs et déjà sans moi. La suite ? Et bien on finira sans doute par se perdre de vue… c’est triste tout ça quand même, c’est tellement triste ! Je sais bien qu’après lui je serais encore plus fort et qu’un autre me fera aimer encore plus, je m’efforce de le croire tout du moins. J’avoue avoir pourtant peur de ne jamais trouver quelqu’un m’apportant autant de choses…
Le ciel est si gris sur Paris aujourd’hui, je suis presque en retard, je n’ai pas repassé mon t-shirt, je ne suis pas encore totalement habillé, je ne me coifferais pas, après tout le travail ce n’est pas grand-chose, et puis personne ne le remarquera alors… M’abrutir de sourire et de « bonjour monsieur », travailler pour deux puisque les vendredis c’est toujours infernal, travailler et rentrer épuiser avec le crane douloureux. Manger un peu et écrire, oui essayer d’écrire se soir pour ne pas perdre l’habitude de faire de jolies phrases pour les autres alors que l’on en a pas envie. Ne pas penser à lui, me coucher tard et ne pas lui parler, ne pas le regarder, ne pas lui offrir ce spectacle, ne pas lui montrer mes yeux rouge et mon sourire effacé. Rester dans son souvenir comme le beau garçon que j’étais dans le bleu de ses yeux, rester la lumière, rester comme il fait bon me voir. Déjà le onze…