Miroir, miroir...
Alors me revoilà presque au même point. C’est terrible ce sentiment de gâchis qui hante le cœur. C’est terrible de voir l’étonnement des autres, leur pitié, leur façon d’être gentil pour ne pas blesser. S’ils savaient, s’ils savaient que se sont ces yeux là qui me blessent. Sourire pour eux, sourire pour lui, sourire pour moi aussi, parce qu’elles sont de ces décisions irrévocables, parce que pleurer ne sert à rien, parce que je ne sais plus comment pleurer, parce que nos adieux m’angoissent, parce que bientôt je serais encore plus seul…
S’occuper, faire à manger et manger. Pas apprécier, juste manger pour vivre, pour faire comme si, pour avoir des forces. Faire la vaisselle et ranger l’appartement. Faire plus qu’il n’en faut, ne pas rester en place et pourtant ne pas vouloir bouger. Long weekend en perspective. Long weekend seul chez moi à ne rien faire, parce que je n’ai pas le cœur, pas l’énergie, parce que je serais une gène en ce moment. Pas envie d’expliquer à tout le monde, pas envie qu’on me dise que c’était inévitable, qu’on me l’avait bien dit, que ça passera… Pas envie de les voir rire au-dedans ces autres qui nous auront tant jalousé sans jamais le dire.
J’avais encore tellement de choses à partager avec toi, tellement d’endroit à visiter, tellement de ces espaces que tu aimes tant. Je me sens si vide. Plus jamais je ne pourrais demander où tu étais et avec qui. Plus jamais je ne jouerais au jaloux, plus jamais je n’insulterais Karine, plus jamais je me dirais que tu es fidèle et que j’ai de la chance de le savoir. Plus jamais je n’aurais ton visage contre mon torse, ton odeur contre ma peau. Plus jamais me moquer de tes cheveux que j’aime tellement, plus jamais tes yeux bleus, plus jamais ta façon de parler, ton ventre et tes fesses, tes baiser et tout le reste. Plus jamais ce regard sur le monde, cette façon si fraiche et pourtant si mature, plus jamais cette confiance aveugle, plus jamais de toi, plus jamais de nous, plus jamais de sourire en pensant à toi. Comme il faisait chaud de penser que tu étais là quelque part à m’attendre, comme il faisait bon de te demander comment se disait tel ou tel mot en japonais…
J’ai tellement envie de tout lâcher. Je me sens comme un pantin, vide d’âme, vide de vie. Comme retenus par des fils invisibles me dictant de continuer à bouger. Comme prisonnier de moi-même, comme simple enveloppe qu’une main divine plus humaine s’amuserait à garder debout alors que je ne demande qu’à retomber en inerte poupée de bois. A coup sur petit garçon jamais ne deviendra ! Les fées bleues tu les auras dévorés…
Ecrire ici, même si l’exercice m’est de plus en plus difficile. Je pense que ma façon de construire mes notes est moins structurée et moins belle, mais peut être plus vrai… Ecrire parce que tu m’encourageais à le faire, parce que tu sais que j’ai besoin de ça pour continuer, parce que j’aurais tellement aimé qu’on le lise… Ecrire ce que je ressens, même si je n’arrive plus à le retranscrire correctement… Ecrire pour que l’on sache, pour que je me souvienne qu’un jour je t’ai aimé, et que ce même jour, je t’ai perdu…
Et me revoilà au même point. Avec peut être une note un peu plus positive. J’ai passé des moments merveilleux, j’ai fait des choses extraordinaires, tu as réalisé des rêves que je croyais perdus, et si l’on se quitte, ce n’est pas que l’amour n’est plus là, mais qu’au contraire il est trop présent… Tu m’as rendu heureux, et ce n’était pas facile… Rien que pour ça je me dois d’accepter ta décision, rien que pour ça je dois honorer ma promesse… Mais avant que tout soit fini, écrire et écrire encore jusqu’au dernier instant, parce que le monde doit savoir comme je t’aime et comme je t’aurai aimé…