Miroir, miroir...
Ses yeux pour miroir, j’aurais aimé lui demandé qui était le plus beau. J’aurais aimé l’entendre me dire qu’il m’aimait et lui demander encore de me le répéter jusqu’à ce que je m’endorme sur ces mots tendres et réconfortants. Oh je pourrais toujours le questionner comme la reine au fin fond de son palais, je pourrais lui imposer de me l’avouer qu’il s’exécuterait… Mais quelque chose à changer, et lorsque les miroirs se brisent, on n’aime plus à s’y contempler. Gage de malheur, d’années de malchance, comment faire alors pour vivre sans ce futile et putride reflet de la vanité humaine ?
Un jour vous buvez confiance, vous buvez ses paroles ambrosiaques, vous vous saouler à ces mots tendres qu’il vous murmure qu’il vous renvoie, et puis tout se termine, il se tait, et il aura beau vous dire des mots plus tendres encore que vous n’arriverez à les entendre comme vous les avez entendus auparavant. Comme si la sincérité s’était envolée, comme si la perspective de la fin faisait fondre l’honnêteté de ses mots, comme si ses sentiments étaient faux, que tout cela n’était qu’une grande escroquerie, une mascarade, une farce donc vous seriez le dindon… Les miroirs ne mentent pas, les yeux non plus, alors pourquoi on arrive à se trouver laid aujourd’hui alors qu’hier nous étions beau ? Quelque chose s’est brisée en moi, comme plus la force d’y croire, comme plus envie de faire l’effort de croire, comme mes bras tombant le long de moi pour ne plus porter quoi que se soit… Me dire qu’il ne mérite pas mon attitude, me dire qu’il a raison, me dire que c’est différent et puis me dire qu’il a quand même raison, comme toujours… Trouver ça énervant, lui en vouloir, mais ne rien faire, ne rien dire. Juste regarder son nom sur un écran en se disant qu’à l’autre bout du monde il a chaud, il se sent mal et que moi j’ai si froid… Ne plus compter les jours, en arriver à vouloir qu’il n’arrive jamais cet instant où nos yeux se recroiseront. Angoisse et panique à les voir défiler ses chiffres qui nous montre qu’il s’en va mourir l’été, qu’elle s’en va mourir notre relation… Ne pas savoir quoi lui dire, ne pas avoir envie de lui parler, ne pas lui parler. Quitte à mourir, autant le faire le plus rapidement et le moins douloureusement possible !
Regarder les autres garçons, se dire que lorsqu’on tombe il faut se relever au plus vite… Et pourtant comme je n’i pas envie de me relever. Dieu sait combien j’ai besoin de cette main tendue que seul celui que j’aime me tend. Comme j’aime à l’avoir près de moi pour qu’il me montre comme je suis fort et comme j’ai tout l’univers à mes pieds. Comme j’aime me voir grand et plein de courage dans le miroir tendre de ses yeux aimants. Mais de miroir ses yeux n’ont plus rien ! Rien que le vague souvenir de moments si merveilleux. Après tout je n’ai qu’à m’en prendre à moi ! C’est vrai, j’aurais pu me débrouiller et tout quitter pour aller le rejoindre ! Comme cela me fait doucement rire. C’est vrai que le monde est fort pour donner de tels conseils, mais le monde, j’aurais aimé le voir à ma place pour voir si lui aurait été capable de tout abandonner… Je me sens soudain si vieux et si vide. Insignifiante enveloppe qui se putréfie un peu plus chaque jour. A quoi vais-je donc ressembler à son arrivée ? A quoi vais-je ressembler à mon départ ? A quoi va-t-il ressembler ? Qui prendra soin de lui ? Pour ça, je ne me fais pas de soucis… Ils sont nombreux les vautours qui tournent déjà autour de sa carcasse désolée, n’attendant que l’instant où il baissera les bras… N’ayez crainte, la bête est faible, bientôt vous dinerez, et moi je resterais sur notre fin…
Ses yeux pour miroir, pour me dire qu’il m’aimera encore, pour me dire que par delà les mondes il pensera à moi, que ça lui prendra du temps pour se relever lui aussi, que ça aura été une si belle histoire, que ce n’est pas ma faute, qu’il est désolé. Ses yeux pleins de larmes car je les vois déjà à l’aéroport, lui pleurant et moi souriant, car j’ai cette qualité là de ne rien montrer ailleurs qu’ici et là ce qu’il y a dedans. Ses yeux une dernière fois, mais aurais-je la force d’y croire, aurais-je la force d’y voir, aurais-je la force ? je ne sais toujours pas… Ses yeux comme miroir…