J'écoute : mais je ne dis rien
Je regarde : et baisse les yeux
Je lis : du début à la fin
Je joue : pour oublier un peu
Je mange : parce qu'il faut bien
Je bois : et je ne vais pas mieux
Je cite : des maux mais en vain
Je pense : à rajouter du bleu...
Je rêve : je rêve, et demain ?
(mis à jour dimanche 10 août 2008 à 11:44)

06/07/2008

06/07/08 - 19:02

Miroir, miroir...


J’aurais aimé dormir, m’endormir longtemps sans savoir qu’il me réveillera ce prince-réveil pour m’emporter au loin vers cette capitale monstrueuse qui me veut autant que je l’aime. J’aurais aimé dormir pour ne pas voir les sourires fanés et les yeux exagérément tristes de ceux là qui regrettent à ma place. J’aurais aimé dormir tout un jour, une semaine ou peut être même toute une saison pour me réveiller en automne là où la vie entière serait en harmonie avec ce qu’au-dedans je suis… Des arbres mourant tout autour, des couleurs livides et suintantes, des oiseaux noirs et un ciel menaçant, le souffle réchauffant ce que le soleil n’atteint plus. J’aurais aimé dormir, cela fait des années que j’aurais aimé pouvoir dormir à chaque fois que l’on m’a obligé à souffrir un peu plus, et pourtant cela fait des années que je fais que me réveiller pour mieux souffrir encore après…

Tout me semble tellement plus vide, tellement plus silencieux, tellement plus morne et triste. Oh je n’ai pas perdu mon sourire, non, je suis juste un peu ailleurs. J’ai appris à ne pas me montrer faible, à ne pas exposer mes plaies, car les loups sont nombreux et voraces, plus que le sang, c’est la douleur qu’ils affectionnent. Alors cacher, cacher sa peine et sa douleur, la lui montrer seulement et encore. Ne pas lui dire pour que lui puisse s’envoler, ne pas lui dire, même s’il le sait. Mais savoir n’est pas se l’entendre dire, et la différence est là ! j’ai mal à la tête, je serre les dents, j’ai envie de dormir et pourtant le soleil au dehors est si présent. Fermer les volets ne ferait que me rappeler qu’il est là dehors à me guetter. J’irais me couper les cheveux, j’irais changer de lunettes, j’apprendrais l’anglais et travaillerait aussi sur le japonais. Je m’attacherais à lire et à dessiner aussi et pourquoi pas écrire encore, même si l’envie est soudainement moins forte. Il ne lisait pas vraiment, il ne disait rien, mais le savoir là, si loin et pourtant là, me donnait tellement de courage… Comme la stupide impression que tout n’aura été que mensonge, comme l’impression d’avoir gâchée une année et demie de ma vie et pourtant comme cela aura été plaisant de la gâcher ainsi ! Comme plus envie de le voir et de lui parler. Un poids énorme sur mes épaules et mes bras touchent le sol de ne plus pouvoir se relever. Où donc est passé la force qu’il me transmettait ? Je n’ai plus à m’en faire, je sais qu’un jour je dormirai profondément et que personne, pas même le plus agréable des princes viendrait me réveiller, je sais qu’un jour enfin je dormirais et je me reposerais de cette vie de douleur, en attendant, je reste éveillé et même si je ne comprends pas, je suis bien forcé d’accepter… Comme il m’en souvient alors des yeux de Damien, du doute de Giuliano et de tout ce qui faisait Julien… tourner les pages, puisque je ne suis qu’un livre, tourner les pages parce qu’on ne lit pas les petits livres assez longtemps pour s’endormir avec eux, tourner les pages et se rendre compte qu’il n’y en a plus, qu’il ne reste que la table des matières pour se souvenir des chapitres d’avant, puis la page blanche pour faire transition avec la couverture… J’irais me couper les cheveux et changer mes lunettes, je cesserais de rire un peu et j’essaierai de grandir encore. Je finirais bien par me lasser et par en trouver un autre, un autre qui refermera le livre lui aussi… Pour le reste, ce n’est pas bien grave… j’ai une boule dans le ventre, un nœud dans la gorge, des aiguilles dans les yeux et des ongles dans le crane, mais je garde le sourire et je le garderai, après tout je suis habitué…
Dans trois semaines je suis en vacances, mon voyage au Japon est fortement compromis, mais après tout je connais déjà Tokyo. Se soir je vais manger un browni fait maison, il parait que je suis assez doué pour en faire. Il fera bon demain et comme je commence tôt, j’ai de fortes chances pour finir tôt. J’ai de l’argent à dépenser et je ne suis pas malade. L’été est une saison formidable, elle me rappelle mon enfance, l’ile où j’ai grandit… L’été est une saison formidable, mais on enfance ne l’a jamais été, ma vie d’adulte ne l’est pas plus…

J’aurais aimé dormir, dormir longtemps, éternellement, mais même les princesses au bois se réveillent un jour. Se soir j’irais me coucher, sans trop l’œil fermer, et demain sera un autre jour où je ferais semblant. Mais je suis habitué à mentir et à faire semblant… Juste que cette fois ça sera plus important… N’allez pas croire que j’étais heureux, soyez-en sûr…

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